L'inspiration dans les cafés philos

 

 

 

 

Inspiration [insuffler (inspirare) : C'est donc un souffle susceptible d'emplir et d'animer l'âme et l'esprit.

La notion a donc souvent sollicité la réflexion.

D'abord comme un objet dont la philosophie a chercher à rendre compte depuis l'antiquité.

Ensuite, comme l'expérience vécue de certains philosophes.

RAPIDE PANORAMA HISTORIQUE

1° Si l'antiquité grecque invoque l'inspiration des muses (cf. Homère), la notion se cristallise dans les textes platoniciens sous une double figure :

- L'aimantation du rhapsode Ion possédé par le dieu qui le meut.

- La mania : Folie bénéfique dispensée dans les quatre domaines (mantique, télestique, poétique et érotique).

Toutes deux contribuent à fixer durablement le modèle d'une inspiration divine qui l'emporte sur toute technique et transcende celui qui en est le docile vecteur. Ce modèle sera prégnant pour le domaine des arts et utilisé pour expliquer à la fois la puissance créatrice de l'artiste, son instrumentalisation par une force supérieure et la propagation de l'inspiration par sa médiation jusqu'au spectateur aimanté à son tour.

Les textes platoniciens ont nourri également la réflexion religieuse (judaïsme, christianisme) et fourni le cadre d'appréhension d'une parole prophétique.

2° L'histoire de la notion témoigne cependant d'interrogations récurrentes.

L'inspiration résulte-t-elle nécessairement d'une puissance transcendante ? Echappe-t-elle à toute rationalité ?

Déjà le problème 30 d'Aristote propose une étude des déterminations physiologiques en lieu et place d'une théorie de l'élection divine : L'élan poétique proviendrait de l'humeur mélancolique et non d'un souffle de dieu.

Cette conception du génie mélancolique "la bile noire" a eu une grande influence sur l'histoire de l'art et sur la renaissance.

L'inspiration passe alors du plan transcendant au plan immanent : Une sourde continuité est à l'œuvre dans ce qui apparaissait comme une brusque révélation. Il y a une vivante relation d'échange entre intérieur/extérieur, identité/altérité, passivité/activité.

3° Ces interrogations et déplacements ne sauraient être une simple objet de curiosité périphérique puisque beaucoup de philosophe ont éprouvé la puissance de l'inspiration dans leur propre démarche.

Les textes platoniciens décrivaient déjà Socrate à l'écoute d'une voie démoniaque ou sacrifiant tout pour rester à l'affût des pensées qui lui venaient.

L'illumination peut advenir soudainement au terme d'une progressive initiation ou d'un commerce répété avec la matière même du savoir.

L'histoire de la philosophie est émaillée de ces tensions entre la patience antérieure d'une quête et ce qui surgit de manière impérieuse, entre ce surgissement inédit et le long travail qui en résulte.

 

Ex:  L'embrasement de joie et de pleurs que connut Pascal dans sa révélation du 23 novembre 1654 ne dicte pas l'écriture du seul Mémorial, mais encore Les Provinciales et les Pensées.

Et l'ancrage d'une inspiration décisive ne relève pas toujours d'une expérience mystique. Descartes attribue à trois de ses rêves "l'esprit de vérité qui avait voulu lui offrir les trésors de toutes les sciences par ce songe". Pour lui c'était une préfiguration de sa vie à venir.

A l'académie de Dijon, Rousseau est saisi d'une inspiration subite qui lui servira pour son Discours sur les sciences et les arts. La conception de l'inspiration ne saurait se limiter au constat d'une illumination surnaturelle qui débouterait la rationalité de ses prétentions et ferait du sujet, le docile vecteur d'une puissance transcendante.

Elle requiert donc qu'on s'attache à comprendre avec rigueur comment la rationalité se nourrie et s'inspire de ce qui la déborde et la fonde.

Elle est en parfaite osmose avec la liberté.